Une folie portugaise ? Découvrez l’étonnant palais de Monserrate !

2020 © Delahay & Co.

Mais c’est quoi cette beauté ??? Un ancien hôpital néo-gothique romantico-botanique et mudéjar, plus anglais que lisboète…

Un quoi ?

Le parcourir relève d’un véritable dépaysement : murs aux couleurs pastel, couloirs d’arcades divinement sculptées en dentelle de stuc, atrium central sous coupole de bois finement ciselé, carrelage subtilement décoré de volutes, le tout ordonné selon un plan circulaire… tout participe à créer une atmosphère intime et mystérieuse. On se retrouve loin du faste ou du rustique, de Versailles et de sa grandiloquence ou de la maison de campagne ancienne. Non, ce palais a son propre air, celui d’une escapade dans le XIXe siècle tant romantique qu’oriental ! 

L’entrée du palais © PSML / EMIGUS

À quelques kilomètres de Lisbonne, il existe une toute petite ville dans les montagnes verdoyantes : Sintra. Elle joua longtemps un rôle de plaisance identique à celui de Bath pour la bourgeoisie londonienne, ou de Honfleur pour la bourgeoisie parisienne, à savoir : un endroit paisible et proche de la capitale où les riches venaient se mettre au vert et se montrer. 

En plus du calme d’un dimanche pépère-pétanque qui y règne, le lieu est sublime. De son centre partent des bus plus ou moins touristiques — en fonction de votre appétence et de votre goût pour la marche — qui vous perdront dans les hauteurs, à la découverte de quatre palais d’une grande splendeur ! 

Je n’ai pas pour habitude d’être aussi dithyrambique, c’est pour vous dire combien ces lieux sont incroyables de beauté, de charme et d’histoire !

Sont ainsi accessibles le château des Maures (un mélange entre château fort et Grande Muraille de Chine), le très fameux et très coloré Palais National de Pena (lieu de résidence secondaire de la famille royale depuis des lustres), l’extravagante folie de la Quinta da Regaleira, et enfin, le moins connu et pourtant le plus intéressant selon moi : le Palais de Monserrate.

Château des Maures © generationvoyage ; Gaëlle D’Angeli / Palais National de Pena © globeguide / Quinta da Regaleira © Edson maiero

Bon, et c’est quoi son histoire à ce palais ? Elle débute en 1540 avec le Frère Gaspar Preto qui investit catholiquement le lieu pour le dédier à Notre Dame de Monserrate (Nossa Senhora de Monserrate), d’après une chapelle catalane dédiée à « la Vierge de Monserrat », qu’il appréciait particulièrement.   

© Museum Tales / © Pedro Simões

Nous sommes encore loin du palais actuel, puisque l’idée de Preto était d’en faire un hôpital (Todos os Santos Hospital), dont il était recteur, et de nourrir sa patientèle des produits agricoles cultivés dans le parc. 

Au XVIIIe siècle, l’ensemble ne revint à rien de moins qu’au vice-roi des Indes. Pour autant, le terrible tremblement de terre de 1755 n’épargna pas le lieu… Retour à la case départ ! 

Ou presque, car pendant que les Français se révoltaient, le riche Anglais Gérard de Visme, acquit le lieu et y fit construire une petite maison sympa de style néo-gothique. En 1793, l’également très anglais William Beckford, critique d’art, écrivain et politique, perpétua l’histoire du lieu en agrandissant le parc vallonné et en lui donnant des airs plus anglais, plus sauvages, plus dans l’air du temps : plus romantique !

Toutefois il ne s’y attacha pas trop puisqu’en 1809, lorsque le jeune Lord Byron visita le lieu, et qu’il y écrivit le poème  « Childe Harold’s Pilgrimage », il est plutôt question de ruines désolées que de « palais » proprement dit. 

Vue du parc depuis l’une des terrasses latérales du palais. © PSML / EMIGUS

Cela n’empêcha pas les touristes de l’élite anglaise d’adorer le lieu érigé en étape obligatoire du voyage portugais : le romantisme étant plus que jamais en vogue dans les esprits du Nord. 

Pour les néophytes, il ne s’agit pas là du romantisme fait de belles histoires d’amour et de niaiseries clichées, mais du romantisme sombre, contemplatif et introspectif qui transforma toute une génération d’artistes du XIXe siècle en ados rebelles, perturbés et mal dans leur peau, mais somptueusement créatifs. Si histoire d’amour il y a, elle est peuplée de fantômes et se termine mal, en somme !

Revenons à nos moutons lisboètes. L’histoire du lieu se poursuit en 1846, et ceci, encore avec un autre riche Anglais : le célèbre industriel et collectionneur d’art, Francis Cook (1817-1901).

Francis racheta la propriété et initia, avec l’architecte James Knowles, une mise à jour fantaisiste, mais harmonieuse, de ce qui restait de la maison de Visme.

Quand, plus tard, Cook fut honoré du titre de vicomte, il prit le nom du lieu et devint ainsi le Vicomte de Monserrate. 

La restauration agrémenta le neo-gothisme structurel de formes orientales inspirées de l’Inde et de l’architecture arabe « mudéjar ». « Mudéjar » désigne une architecture mauresque passée par un filtre christianisant, notamment celui de l’Espagne. Les villes andalouses de Grenade (et son magnifique palais de l’Alhambra) et de Séville (et son juste-un-tout-petit-peu-moins-somptueux palais de l’Alcazar) en fournissent des exemples de choix ! 

L’intérieur du palais Monserrate vu depuis le centre de l’atrium vers l’entrée. © PSML / EMIGUS.
Les Cook n’y vivaient que pendant l’été, le lieu étant très sombre en hiver.

Quant au parc, Cook en fit l’un des jardins botaniques les plus réputés du Portugal. Lui furent envoyées près de 1000 espèces rares et précieuses depuis le monde entier. Le parc compte aujourd’hui 3 000 espèces endogènes et exogènes. Furent donc construites des zones reconstituant l’univers floral des pays d’origine de chaque ensemble de plantes. Ainsi vous est-il possible de passer du Mexique au Japon en quelques minutes. 

Aujourd’hui cet exotisme dialogue très joliment avec le design romantique initial du parc, et largement renforcé par Cook qui y fit placer chutes d’eau, vraies fausses ruines, ou fausse vraie forêt vierge… 

Autre esthétique intéressante, la continuité entre l’architecture recouverte de formes évoquant la flore et les végétaux, et la nature même qui entoure l’édifice. Sans faire du palais une cabane dans les bois, ni jouer sur le rustique, Knowles parvint à naturaliser et rendre parfaite son intégration dans l’environnement. Qu’en pensez-vous ? 

Différentes vues de la terrasse latérale © portugal virtual / © Museum Tales / © parques de Sintra.

Le parc revint au gouvernement du Portugal en 1949. Puis en 1995, le Patrimoine mondial de l’UNESCO intégra l’entièreté des montagnes de Sintra à ses listes de sauvegarde, sous le titre des « paysages d’intérêt culturel de la ville de Sintra ».  

Entre 2000 et 2010 enfin, le palais et son parc furent habilités à recevoir du public. Il fut choisi de leur rendre la splendeur qu’ils avaient à l’époque de Francis Cook. 

À cette fin et tel un point d’orgue bien mérité, le relief de la Vierge à l’Enfant, datant de la Renaissance, attribué à l’Italien Gregorio di Lorenzo et qui appartint à Sir Francis Cook, réintégra le palais en 2017. Depuis, l’équipe de gestion du lieu tente de recréer au mieux et sans kitch l’environnement tel que la famille Cook l’avait créé. 

Visite expresse ? 

L’entrée vous mène à un petit hall octogonal : le cœur du palais. Fonctionnant comme un atrium, une fontaine de marbre de carrare occupe son centre. Une coupole merveilleusement sculptée dans le stuc et le bois le couronne.

Depuis ce « coeur » partent trois couloirs surmontés d’une rangée de colonnettes et d’arcades finement taillées d’arabesques. Relativement sombre, l’effet a quelques airs dramatiques et intimistes. 

Ces corridors desservent des pièces lumineuses dont les murs sont pastel, rose ou bleu pale. Bien que chargé, le tout demeure élégant, non ?

L’une de ces pièces, la salle de musique, est de plan circulaire et se compose d’une baie vitrée immense donnant sur le parc. Son plafond est de stuc sculpté en fines rosaces et des bustes de femmes (muses et grâces à l’antique) jalonnent sa jonction avec le mur. Imaginez-vous, seul(e) dans cette pièce, jouant d’un instrument tout en contemplant le parc immense, ses collines et ses arbres…

Arbre d’art au palais. Depuis 2013 le complexe de Monserrate possède un totem : une sculpture taillée dans le tronc d’un eucalyptus de 7,5 mètres de hauteur ! L’arbre, condamné à mort par un champignon, devint une œuvre d’art sous les coups de tronçonneuse de l’artiste galloise Nansi Hemming. L’artiste en fit surgir divers animaux (vipère, chien, aigle, chouette, salamandre tarentule…). 

Écologique en plus de tout cela. Pour couronner le tout et lui décerner le titre de meilleur lieu touristique de l’année 2020, le parc de Monserrate et sa ferme fonctionnent exclusivement avec des énergies renouvelables. Eau, soleil et vent sont récoltés au même titre que les navets et le yucca, afin de fournir la ferme en électricité.

Vue du Totem en bois d’eucalyptus. © guiadacidade

En bref, en quoi est-ce intéressant ?  

  • Avec le palais de Pena, situé sur le versant de la colline voisine, c’est l’un des exemples majeurs de l’architecture romantique au Portugal. 
  • Par ses propriétaires (et leurs contractuels) : le lieu fait autant partie de l’histoire portugaise qu’anglaise et montre ainsi que la culture fait fit des frontières.
  • Il montre un bon exemple de la continuité d’un édifice dans le temps malgré des usages pratiques, un tremblement de terre, des abandons successifs, un tourisme incontrôlé… 
  • L’endroit est à ce point interessant qu’en 2013, le complexe se vit récompensé du «  Prix européen des Jardins », dans la catégorie « meilleur développement d’un parc/ jardin historique. » 
  • En combinant influence romantique et goût pour l’orientalisme, le palais de Monserrate présente une belle synthèse du XVIIIe siècle en art.

Nb. Ne stressez pas s’il pleut « pile le jour » de votre visite ! Au contraire, c’est encore mieux car plus romantique, plus gothique et plus majestueux encore !   

Sources :

Publié par Museum Tales

Les arts, mais surtout ceux des "autres" (de peuples non européens), leurs langues et leurs cultures selon toutes leurs formes d'expressions (séries Tv, littérature, gastronomie, urbanisme, carnavals, drogues...) captivent pour 1000 raisons qui, si vous êtes ici, ne vous sont pas inconnues. "Connaître l'autre pour se connaître soit", "connaitre le passé, pour connaitre le présent"... On ne vous apprends rien. Toutefois, comment connaitre l'autre ou les passés de l’Homme d'une manière attrayante ? Peut-être par des présentations courtes et « désnobées » de faits culturels spécifiques, divers et variés, glanées dans les musées et l’Histoire du monde entier. Les arts et les savoirs liés à la culture peuvent aussi être traités par l'anecdote ou avec humour : un peu de légèreté n'entachera jamais l'art ou le fait culturel.

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