Fêter la fin d’année à la manière des Aztèques ?

Vers. 1440-70, provient du Templo Mayor de Tenochtitlan, en céramique, exposé au Museo del Templo Mayor, Mexico. © Max Res pour « Tlaloc vessel », chaine Youtube Smarthistory , publié le 21 février 2017. 

Chacun sa culture, mais pour tous ou presque, les jours qui arrivent augurent une nouvelle année ! Vous avez peut-être en tête la gueule de bois de vos 20 ans, des dragons chinois défilant dans les rues, ou d’autres images relatives aux différentes manières de passer d’une année à l’autre… Mais prévisualisez-vous la manière Mexica ? Suivez les paragraphes, c’est par ici !

Avant de commencer, je tiens à préciser que la source principale de cet article vient du très bon texte de MatadorNetwork (en espagnol exclusivement). 

Attends… Aztèques ou Mexicas ? Les deux ! En langue nahuatl, « mexica » est le pluriel servant à désigner les habitants des villes Tlatelco et Tenochtitlan, dont l’actuel territoire mexicain est le descendant direct. Cet usage fut remplacé par azteca ( « Aztèques » ) dans les historiographies francophones et anglophones qui tendent à lier les populations de ces deux villes à la branche dont ils sont issus : « ceux d’Aztlan ». Toutefois, les experts actuels, notamment hispanophones, considèrent cette appellation un peu tirée par les cheveux car relative à des groupes trop hétérogènes, et lui préfèrent «Mexicas ». En très (très) bref, les Mexicas sont un groupe séparatiste des Aztèques. Quand l’Européen non expert (comme moi avant d’écrire ceci) évoque les Aztèques, il parle en fait, sans le savoir, des Mexicas.  

Ils sont les descendants des Olmèques (2 500 av. J.-C.  -200 apr. J.-C. ) et de la société de Teotihuacan (400-800 apr. J.-C.), ainsi que des Toltèques (900-1168 apr. J.-C.). Et oui, ça en fait du monde qui se fait voler la vedette par les Mayas ou les Incas ! Les Mexicas s’établirent quant à eux entre 1325 et 1512 de notre ère et lors de la conquête espagnole, ils étaient la société qui dominait la plus grande partie du territoire méso-américain. 

Société prolixe et complexe à l’image de sa cosmogonie, les « Mexica-Aztèques » étaient de remarquables métallurgistes. Malheureusement connus davantage pour la réalisation de sacrifices humains destinés à sauvegarder l’ordre de l’univers, ils sont moins connus pour leur art riche et varié. Ce dernier se nourrit, non pas d’humains cette fois-ci, mais d’une cosmogonie fortement zoomorphe (guépard, serpent, aigle…). 

Peut-être l’image de ce serpent à deux têtes ne vous est-elle pas totalement inconnue : c’est bien les Mexicas qui en sont à l’origine.

Pectoral porté par les prêtres lors de cérémonies religieuses. C’est la représentation de Maquizcoatl, l’une des formes du dieu mexica fondateur Huitzilopochtli. Turquoise sur âme de bois ; 21 cm x 44 cm env. ; © The Trustees of the British Museum.

Ils sont aussi les créateurs de la très impressionnante Piedra del Sol qui, entre autres, représente le cycle annuel selon la pensée Aztèque. Nous leur devons également la monumentale sculpture de Coatlicue (représentée ci-dessous), déesse mère du panthéon mexica. Les deux vestiges sont exposés au Musée National d’Anthropologie de la Ciudad de Mexico et à eux-seuls permettent un bon éclairage des fonctionnements sociétaux et religieux des Aztèques et des Mexicas.

© Luidger / wikicomons 
Statue de Coatlicue selon son exposition au Musée National d’Anthropologie de Mexico. Elle represente l’alliance parfaite des symboles celestes et terrestres en un seul être, les serpents faisant la liaison entre les deux mondes et les coeurs humains faisant référence au sang sacré qui doit être versé pour nourrir l’ordre universel.

Bon et le Nouvel An alors ? Pour commencer, et selon l’historien Bernardino de Sahagún, le Nouvel An mexica est le 2 février.  Comme dans beaucoup de traditions, le passage à la nouvelle année s’accompagne de rituels afin de s’assurer une meilleure année à venir. Pour les Mexicas cependant, ces rites ne consistent pas en une petite liste de bonnes résolutions dressée vers 2h16 du matin, un verre de vin à la main, non !

Les Mexicas ne plaisantent pas et procèdent durant 5 jours à une introspection spirituelle profonde qui se clôture sur un festival en l’honneur de la pluie et des récoltes. 

Le calendrier mexica se compose de 18 mois de 20 jours. Le compte fait, on arrive à 360. Toutefois, il y a bien 365 jours dans une année mexica. Ces cinq journées supplémentaires sont justement destinées à la transition annuelle. Connus sous le nom de « días baldíos »  que l’on pourrait vulgairement traduire par « période de jachère » ou « jours blancs », ils constituent originellement le « nemontemi ». 

La Pierre du soleil, monolithe de basalte de 3,60 mètres de diamètre (et 1,22 m d’épaisseur) est aussi connue sous le nom de calendrier aztèque du fait de la tête centrale du dieu Tonatiuh encerclée par la représentation des jours et des mois. En plus d’un calendrier il s’agit de la représentation cosmogonique des Mexicas puisque sont illustrés les 4 âges passés de l’humanité, les cycles de vénus, du soleil et de la lune. L’encerclant, les serpents de feu renvoient aux cycles aztèques de 52 années. Elle est aujourd’hui exposée au musée National d’Anthropologie de Mexico. © ~*Bomba Rosa*~ / Flikr .

Le codice Tovar décrit ces jours du « nemontemi » comme vides et d’infortunes. S’ils ont si mauvaise réputation parce qu’ils ne sont protégés par aucun dieu, tandis que chaque mois mexica est placé sous la garde d’une divinité. Pour ne courir aucun risque, mieux valait ne pas sortir de chez soi et garder le repos, donc ! Et malheur au bébé qui aurait justement choisi l’un de ces cinq jours pour découvrir le grand monde, puisque de toute sa vie il ne devra compter que sur lui-même et ne pourra bénéficier d’aucune aide divine. 

L’historien Bernardino de Sahagún pense que l’histoire s’arrête là. Toutefois, beaucoup d’autres universitaires optent pour une passation bien plus mouvementée.

Nemontemi, plutôt que par le vide, pourrait être traduit par « qui bouche » ou « qui complète » la vie. Ils seraient donc dédiés à la méditation et au repli sur soi (toujours en faisant bien attention à ne pas déraper sur le carrelage, casser un pot, ou accoucher) : la qualité de cette introspection déterminant l’augure de l’année à venir. 

Ces cinq journées se clôturaient par une grande fête dédiée à la divinité de la pluie et des récoltes nommée Tlàloc, à qui l’on demandait d’avoir la gentillesse de bien vouloir se mettre au boulot dans les mois à venir.

Pour ce faire, on remplissait de fins morceaux de bois creux de papier remplis de gouttes de caoutchouc liquide. 

Pourquoi cela est-il intéressant ? 

Car pour ce qui est de 2021, on aurait bien intérêt à nous mettre également à l’introspection, à veiller à ne pas amener l’infortune un peu plus près, et à prier Tlaloc de nous aider à combattre le dieu du réchauffement climatique. 

En effet, les Mexicas font mieux de remettre leur nouvelle année entre les mains du dieu de la pluie et de l’agriculture afin d’assurer la richesse des sols et donc, des foyers, et la survie de la société, tandis que nous, nous en remettons au Père Noël, divinité consommatrice.

Sources

Publié par Museum Tales

Les arts, mais surtout ceux des "autres" (de peuples non européens), leurs langues et leurs cultures selon toutes leurs formes d'expressions (séries Tv, littérature, gastronomie, urbanisme, carnavals, drogues...) captivent pour 1000 raisons qui, si vous êtes ici, ne vous sont pas inconnues. "Connaître l'autre pour se connaître soit", "connaitre le passé, pour connaitre le présent"... On ne vous apprends rien. Toutefois, comment connaitre l'autre ou les passés de l’Homme d'une manière attrayante ? Peut-être par des présentations courtes et « désnobées » de faits culturels spécifiques, divers et variés, glanées dans les musées et l’Histoire du monde entier. Les arts et les savoirs liés à la culture peuvent aussi être traités par l'anecdote ou avec humour : un peu de légèreté n'entachera jamais l'art ou le fait culturel.

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